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    Ceci est un teaser multiple, prévu à la fois pour annoncer mon rituel drone à la villa des cent regards (Montpellier) le 16/01/2015, pour annoncer la parution de mon prochain recueil ("Découper l'univers, le mettre dans des boites, reculer de vingt pas, épauler son fusil et tirer sur les boites", en mars 2015 chez Gros textes), et pour annoncer une série d'albums intitulés Rituel drone.
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released January 11, 2015

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christophe siébert (collectif konsstrukt) Montpellier, France

Poète et romancier. Influencés par les films de série Z, la philosophie post-marxiste et le roman noir, ses textes souvent violents et parfois pornographiques disent dans un style alliant rythme et sécheresse la difficulté qu'il y a à vivre dans un monde privé de repère moral. Ses personnages ne vont généralement pas bien, ne sont pas souvent attachants, ne s'en sortent pas systématiquement. ... more

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Track Name: sept minutes trente-neuf
Les gens réels, les gens parfaitement réels. Ceux qui ne disparaissent pas quand tu tournes la tête. Ceux que tu vois, entends, ressens même quand ils ne sont pas là. Ceux dont tu sais que la mort ne les fera pas disparaître, que leur regard continuera d'accompagner chaque geste que tu fais, que leur voix dans ta tête ne s'éteindra jamais. Ceux dont la présence est plus concrète que le sol sur lequel tu marches, plus concrète que tes propres intestins.
Combien sont-ils, qui existent pour de bon, lumineux, réels dans ta tête et réels dans la foule des spectres avec qui tu prends le train et avec qui tu attends ton tour à la caisse, combien sont-ils, qui existent pour de bon, lumineux, réels dans ton ventre et réels parmi les figurants incolores qui occupent tes journées ? Un ? Deux ? Combien sont-ils, avec qui tu as des discussions imaginaires quand tu n'arrives pas à dormir et que le manque de sommeil et la profusion de pensées idiotes te laissent la bouche pâteuse et un goût amer au palais ? Combien sont-ils ? Un ? Deux ? Davantage ? Encore moins que ça ? Tu veux dire qu'il n'y en a pas ? Tu veux dire que tu es seul ? Que tu es dans le genre de solitude à quoi n'existe aucun remède ? Tu veux dire que toute l'humanité pourrait cramer dans la fournaise et qu'il n'y en aurait pas un à sauver ? Que pas un seul nom, pas un seul visage, ne te vient à l'esprit ? Je te plains.
Ça n'est pas obligé de finir comme ça, tu sais. Ça n'est pas obligé de terminer comme un chacal entouré de chacals, ça n'est pas obligé de finir sans conscience, sans mémoire, sans amour, ça n'est pas obligé, non, ça n'est pas obligé, ça ne l'est pas.
Une personne. Au moins une personne. C'est quelque chose qui sauve une vie, tu sais.

***

Il y a eu un choix à faire, entre la liberté et le confort. Ce choix s'est fait vite, tôt, avec la certitude de ne pas regretter. Et puis il a fallu s’accommoder. Payer le prix tout en faisant semblant de refuser de le faire. Il a fallu se dire que la liberté est une forme de confort et le confort une forme de liberté. Il a fallu jouer avec la dialectique, mentir pour ne pas débloquer.
Chaque facture qui m'arrive est une flèche à éviter tirée par un sniper en planque, mais je suis écrivain, je n'ai pas de patron et je n'ai pas d'horaire, je n'ai pas de contrainte, je fais ce que je veux.
Et vous, de l'autre côté, qu'est-ce que vous vous disiez ? Je ne décide pas de l'heure à laquelle je me lève le matin, la moitié de mon temps appartient à des types qui me dévorent le cœur, mais j'ai le ventre plein et je pars en vacances, mes gosses ont les jouets qu'ils veulent et je n'ai pas la trouille de payer mon loyer.
Et puis vient un moment où cette dialectique ne suffit plus, un moment où on veut le beurre et l'argent du beurre.
Vient un moment où vendre sa vie et sa santé mentale contre un peu de fric devient insupportable. Obéir, se contraindre, prendre sur soi, se conformer, en échange de pouvoir skier un peu et mettre des fringues neuves est épuisant.
Vient un moment où, en contrepartie de la maîtrise de ses choix et de ses horaires, vivre comme un cafard est insupportable. Faire ce qu'on veut et avoir tout le temps nécessaire, sans un rond dans un monde conçu pour dépenser son fric à chaque foutue seconde, est épuisant.
Oui, à un moment nous pétons des câbles. Certains s'accrochent par le cou à des poutres. Certains s'imaginent prendre les armes mais combien le font vraiment ? Combien de convoyeurs pour trouver l'idée bonne, de foutre le camp avec le pognon ? Combien d'artistes pour trouver l'idée bonne, de vendre de la came et se remplir les poches ? Nous sommes englués dans la résignation comme des cormorans un jour de dégazage.